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Inflation : menace passagère ou nouveau paradigme économique ?

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L’inflation. Depuis quelques années maintenant et plus précisément depuis la crise Covid, ce mot revient sans cesse tel un leitmotiv dans les conversations au quotidien.

“Le prix de tel ou tel bien a encore augmenté, le prix du gaz et de l’électricité a encore augmenté… Cela va encore affecter notre pouvoir d’achat.”

Ce mot est utilisé souvent sans comprendre ce qui se cache derrière le concept devenu un véritable phénomène de société à travers l’histoire, qui outre l’impact économique qui le définit de prime abord, a un impact social réel.

Pour comprendre l’inflation, ses causes et ses conséquences, il se doit d’aborder en préambule quelques notions de définitions.

Le mot inflation provient du mot latin « inflatio » qui signifie « gonflement » ainsi que du mot « inflare » signifiant « enfler » ; véhiculant l’idée subtile que l’extension d’une grandeur croissante avec son environnement peut causer des dommages collatéraux.

L’origine étymologique du mot inflation porte déjà en conséquence un stigmate négatif.
L’inflation définit le phénomène économique durable observé de hausse généralisée des prix.

Outre l’inflation, d’autres concepts accompagnent cette thématique économique à savoir :

  • la déflation : phénomène durable observé de baisse généralisée des prix,
  • la désinflation : phénomène observé de baisse de l’inflation ou encore un ralentissement de la hausse généralisée des prix, autrement dit les prix continuent d’augmenter mais moins rapidement,
  • l’hyperinflation : phénomène observé d’une inflation extrêmement élevée avec des taux d’inflation imprévisibles et « incontrôlables » (situation notamment connue par l’Allemagne en 1923 dans l’entre-deux-guerres).

Par ailleurs, les phases célèbres d’inflation trop élevée ou trop faible ont souvent débouché sur la création de termes en « flation » outre ceux déjà évoqués tels que :
stagflation, shrinkflation ou encore greedflation.

Dès lors, comment ce phénomène dit d’inflation peut-il se produire ? Ou autrement formulé, quelles sont les causes d’une inflation constatée et observée ?

Là ou les réponses résident dans l’appréhension de théories économiques dont voici les principes.

  INFLATION par la demande 

(Théorisé par Keynes dans sa « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie »)

Si la demande augmente plus vite que l’offre de biens (excès de demande par rapport à l’offre et une incapacité de l’échelle de production à répondre à ce surplus de demande), les prix augmentent (effet de rareté).

 Elle peut résulter :

  • d’une création de monnaie trop importante,
  • d’une augmentation de la population,
  • ou d’un effet de rattrapage après une crise (une pandémie par exemple)

 INFLATION par les coûts

L’augmentation des frais auxquels doivent faire face les entreprises se répercute sur les prix des biens et services, qui augmentent à leur tour.

Il peut s’agir :

  • d’une augmentation des produits importés (on parle d’inflation importée),
  • ou des coûts de production comme les prix de l’énergie ou des salaires (notamment si ces derniers augmentent plus vite que la productivité).

Cette inflation par les coûts peut conduire à une spirale inflationniste, les entreprises relevant les prix pour maintenir leurs profits.

 INFLATION par la monnaie

(Théorie quantitative de la monnaie du courant monétariste insufflé par Friedman, ébauchée par Bodin puis développée par Fisher)

Les tenants de la théorie monétariste identifient une relation entre la masse monétaire en circulation et l’inflation.

L’inflation est ici causée par une création monétaire excessive, plus précisément d’une croissance de la masse monétaire trop forte par rapport à la croissance de la production.

« L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire » qui n’a aucun impact positif à long terme sur la croissance et l’emploi du fait des anticipations adaptatives des agents économiques.

Contexte récent : Covid, guerre, chaîne d’approvisionnement

Si l’histoire économique a montré et éprouvé ses théories pouvant par l’une ou l’autre expliquer l’inflation constatée, le passé récent a révélé que les trois causes majeures peuvent coexister et contribuer simultanément à générer de l’inflation ; mais aussi qu’une nouvelle typologie de crise pouvait impliquer un changement de paradigme.

Si l’inflation peut émaner d’un excès de demande par rapport à l’offre de biens, la réciprocité est vraie : une insuffisance ou limitation de l’offre par rapport à la demande engendrera également de l’inflation.

La crise de la Covid et les politiques de confinement ont désorganisé les chaînes de production et d’approvisionnement mondiales, ce qui a limité l’offre dans les biens durables et manufacturiers, réduisant ainsi l’offre face à la demande mondiale et créant de l’inflation.

De la même manière, les pénuries de main-d’œuvre ont réduit mécaniquement l’offre. Pour inciter les travailleurs à continuer, il a fallu accorder des augmentations de salaires qui, via la hausse des coûts de production, ont également nourri l’inflation ; les entreprises étant contraintes d’augmenter leurs prix pour préserver leurs marges.

Plus récemment, la guerre en Ukraine a entraîné une crise de l’offre énergétique, provoquant une hausse des prix de l’énergie et donc une amplification de l’inflation, liée à l’augmentation des coûts pour les entreprises mais aussi des prix alimentaires : c’est ce qu’on appelle l’inflation importée.

Impacts économiques de l’inflation et leviers d’action

D’une manière générale, il existe un consensus selon lequel l’inflation est néfaste pour le pouvoir d’achat des ménages et le potentiel de croissance d’une économie. En effet, si les salaires ne suivent pas l’augmentation des prix, les prix augmentent plus vite que les salaires, cela entraîne mécaniquement une baisse de la quantité de biens et services qu’un ménage peut acheter. Aussi, face à une inflation de l’économie domestique, la concurrence des produits importés (commerce extérieur), qui deviennent plus attractifs au contraire des produits locaux exportés dont la valeur s’accroît, pénalise ainsi la compétitivité d’une économie.

De même, l’inflation réduisant le pouvoir d’achat des ménages, elle pénalise simultanément l’épargne, conduisant ainsi à une baisse de l’activité économique, une diminution de l’investissement et, par conséquent, de la croissance économique.

Maîtriser les origines et conséquences de l’inflation permet de lutter efficacement et de mettre en place des réponses adaptées selon les cas.

Une des réponses historiques réside dans l’intervention des organismes financiers type banques centrales (BCE, Fed), afin d’influer sur la masse monétaire en jouant sur les taux d’intérêts directeurs. En effet, une augmentation des taux (« prix de la monnaie ») pourra limiter la circulation de la masse monétaire et ainsi contrôler l’inflation ; mais aussi agir sur celle-ci via la demande, en réduisant les investissements tout en stimulant l’épargne.

Aussi, augmenter la capacité de production des entreprises permettra d’ajuster le déséquilibre entre l’offre et la demande, et ainsi juguler l’inflation.

La diversité des crises économiques montre que les leviers d’action varient selon que l’inflation provienne d’un excès de la demande ou d’une insuffisance de l’offre. La multiplicité des facteurs économiques agissant simultanément rend cette tâche particulièrement complexe.

Si l’inflation n’est pas un concept récent, les instruments financiers indexés sur l’inflation relèvent d’une dynamique plus moderne des marchés, apparus seulement au début des années 2000.

Sources :

  L’inflation, un changement de paradigme : quelles causes et comment la contrôler ?
  L’inflation, c’est quoi, au juste – Et quelles sont ses causes (Bastien Drut Publié le 03/02/2024)
  La crise de l’inflation montre que c’est l’offre, et non la demande, qui restreint la capacité économique et que l’État ne peut emprunter indéfiniment (John H. Cochrane)
  Qu’est-ce que l’inflation ?
  Inflation Derivatives Explained – Markets, Products, and Pricing (Jeroen Kerkhof – Fixed Income Quantitative Research – Lehman Brothers)

Vincent TARRIT

Auteur
Fabrice ROUSSEAU
Senior Manager

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